Pourquoi toutes les fleurs ne se récoltent pas au même stade ? Nos conseils de producteurs

Pourquoi toutes les fleurs ne se récoltent pas au même stade ? Nos conseils de producteurs de fleurs séchées pour réussir le séchage.

Lorsque l’on parle de fleurs séchées, beaucoup de personnes pensent que le plus compliqué est le séchage.

En réalité, cela dépend beaucoup des variétés.

Certaines fleurs sont très faciles à sécher. C’est par exemple le cas du blé ou de nombreuses graminées. Une fois suspendues dans de bonnes conditions, elles sèchent presque toutes seules.

En revanche, le stade de récolte est toujours essentiel.

Une fleur récoltée quelques jours trop tôt ou quelques jours trop tard peut donner un résultat complètement différent après séchage. Elle peut perdre sa couleur, devenir cassante, s’ouvrir davantage que prévu ou, au contraire, rester trop fermée.

Au fil des saisons, nous avons réalisé de nombreux essais. Nous nous sommes parfois trompés, nous avons perdu certaines récoltes et surtout… nous avons beaucoup appris.

C’est aussi ce qui nous plaît dans notre métier. Chaque année, nous découvrons encore de nouvelles choses. Une variété que nous pensions connaître peut réagir différemment selon la météo, la chaleur ou simplement selon le résultat que nous souhaitons obtenir après séchage.

Aujourd’hui encore, pendant les périodes de récolte, nous observons nos cultures presque tous les jours. Nous comparons l’évolution des fleurs et nous décidons parfois d’attendre encore une journée… ou, au contraire, de tout récolter rapidement.

C’est justement cette expérience que nous souhaitons partager dans cet article.

Ce que nous avons appris : un bon séchage commence toujours par une récolte réalisée au bon moment.

Pourquoi le stade de récolte est-il si important ?

Une fleur ne réagit pas de la même manière selon son stade de développement.

Certaines continuent à s’ouvrir après la coupe. D’autres restent presque identiques. Certaines vont perdre leurs pétales si elles sont récoltées trop tard, tandis que d’autres doivent attendre une vraie maturité pour conserver une belle forme.

Le stade de récolte peut également modifier :

  • la couleur finale de la fleur ;
  • la tenue de la tige ;
  • la forme des pétales ou des capsules ;
  • la quantité de graines présentes ;
  • la résistance de la fleur après séchage.

Il n’existe donc pas une règle valable pour toutes les variétés.

Chaque fleur possède son propre rythme, et quelques jours peuvent parfois faire toute la différence.

Le blé, l’avoine et de nombreuses graminées

Bottes de blé, d'avoine et de lagurus récoltées au bon stade avant séchage naturel. Exemple des graminées utilisées en fleurs séchées par Terralya.

Le blé est un excellent exemple.

Beaucoup de personnes pensent qu’il faut attendre qu’il soit bien doré avant de le récolter. En réalité, c’est souvent l’erreur la plus fréquente.

Nous le récoltons généralement au mois de mai, lorsqu’il est encore bien vert et que les grains ne sont pas encore formés.

Pendant le séchage, il termine naturellement sa maturation. Les tiges gardent une belle tenue et les épis conservent leur forme.

Le séchage est ensuite très simple… à condition d’avoir récolté au bon moment.

Nous procédons de la même façon pour l’avoine et pour plusieurs autres graminées. Elles continuent tranquillement leur évolution une fois suspendues dans le séchoir.

L’erreur la plus courante avec le blé

Attendre qu’il soit déjà sec et doré dans le champ. À ce stade, les grains sont formés, les tiges sont souvent plus cassantes et le résultat n’est plus le même.

Les fleurs qui continuent à évoluer après la récolte

Certaines fleurs poursuivent leur évolution pendant le séchage. Pour celles-ci, attendre qu’elles soient totalement ouvertes dans le champ peut être une erreur.

Le carthamus

Pour le carthamus, nous attendons que le premier bouton apparaisse, mais pas que tous les autres soient ouverts.

Les boutons restants pourront continuer à évoluer pendant le séchage.

En récoltant à ce stade, nous évitons aussi que la première fleur devienne trop rouge,

Fleurs séchées de carthamus bio cultivées en France

s’abîme ou perde de sa qualité avant que les autres boutons ne soient prêts.

C’est un équilibre assez précis : il faut attendre suffisamment pour voir apparaître le premier bouton, mais ne pas chercher à obtenir une tige entièrement fleurie dans le champ.

L’immortelle

L’immortelle est un cas à part, car le bon stade dépend aussi du résultat que l’on souhaite obtenir.

Si l’on aime les immortelles plutôt fermées, il faut les récolter très tôt. Même après la coupe, les boutons continuent à s’ouvrir pendant le séchage.

Immortelle orange séchée bio cultivée en France

Si l’on préfère une fleur bien ouverte, avec le centre visible, il faut attendre davantage avant de la couper.

Nous avons fait beaucoup d’essais avec les immortelles, car quelques jours de différence peuvent complètement modifier l’aspect final de la fleur.

C’est d’ailleurs un sujet qui mérite un article complet à lui tout seul.

Le miscanthus et les pampas

Pour le miscanthus et les pampas, nous récoltons les tiges dès que les plumeaux commencent à sortir.Miscanthus plumeux séché pour décoration florale

Ils poursuivent ensuite leur ouverture pendant le séchage.

Cette récolte précoce permet de conserver une belle tenue et d’éviter que les plumeaux ne s’étiolent ou ne commencent à se disperser dans le champ.

Les fleurs qu’il ne faut pas laisser trop longtemps

À l’inverse, certaines fleurs ne pardonnent pas quelques jours de retard.

Elles peuvent rapidement monter en graines, perdre leurs pétales ou devenir beaucoup plus difficiles à manipuler.

La nigelle

Pour la nigelle, nous attendons que la capsule soit bien présente.

En revanche, il ne faut pas attendre que les graines soient complètement formées à l’intérieur.

Nigelle séchée locale pour décoration florale

Si nous laissons les capsules arriver trop loin en maturité, les graines finissent par se répandre partout dès que nous manipulons les bottes.

Nous avons déjà fait cette erreur, et nous pouvons vous assurer qu’une botte de nigelle pleine de graines peut rapidement transformer le séchoir en champ de semis improvisé !

Aujourd’hui, nous récoltons donc dès que la capsule est bien formée, avant que les graines ne soient arrivées à maturité.

Le delphinium

Le delphinium est probablement l’une des fleurs qui nous a le plus appris.

Lors de nos premiers essais, nous voulions attendre que toutes les fleurs de la hampe soient ouvertes. Cela nous semblait logique : nous pensions obtenir des tiges plus belles et plus fournies.

En réalité, nous avons presque tout perdu. Fleurs de delphinium séchées rose

Les premières fleurs étaient déjà trop avancées au moment où les dernières commençaient seulement à s’ouvrir.

Aujourd’hui, nous récoltons lorsque les premières fleurs de la tige sont arrivées à maturité. Les autres poursuivent ensuite leur évolution pendant le séchage.

Notre retour d’expérience

Vouloir attendre une tige parfaite dans le champ peut parfois faire perdre toute la récolte. Le delphinium nous l’a appris de façon assez radicale.

Les fleurs qui demandent davantage de maturité

Toutes les fleurs ne se récoltent pas très jeunes.

Certaines doivent au contraire atteindre un stade de maturité plus avancé pour conserver une belle forme et une bonne tenue après séchage.

L’achillée

Pour l’achillée, nous préférons attendre que les ombelles soient bien arrivées à maturité.

Récoltée trop tôt, elle peut manquer de tenue ou donner un résultat moins régulier après séchage.

Achillée jaune séchée en vrac bio

Nous observons donc la fermeté des fleurs et leur évolution avant de commencer la coupe.

La craspedia

Pour la craspedia, nous attendons que le jaune soit bien éclaté tout autour de la boule.

Si elle est récoltée trop tôt, la couleur peut rester moins lumineuse et la fleur ne donnera pas forcément l’effet bien rond que nous recherchons.

Lorsqu’elle est récoltée au bon stade, elle garde au contraire une très belle forme après séchage.

Pourquoi nous faisons encore des essais

Même après plusieurs années, nous continuons à tester.

La météo peut changer le comportement d’une fleur. Une forte chaleur accélère parfois l’ouverture. Une période humide peut ralentir la maturation ou fragiliser certaines tiges.

Deux parcelles différentes peuvent également donner des résultats légèrement différents.

Nous adaptons donc notre façon de récolter selon :

  • la variété ;
  • la météo de l’année ;
  • la chaleur ;
  • le stade de chaque parcelle ;
  • le résultat que nous souhaitons obtenir après séchage.

C’est pour cela que nous ne décidons pas simplement qu’une variété sera récoltée à une date précise.

Nous passons dans les cultures, nous observons, nous testons quelques tiges et nous ajustons.

Ce sont les fleurs qui nous donnent le bon moment, pas uniquement le calendrier.

Le stade de récolte ne fait pas tout

Le bon stade est essentiel, mais les conditions de séchage restent également importantes.

Une fleur parfaitement récoltée peut malgré tout s’abîmer si elle est stockée humide, laissée trop longtemps au soleil après la coupe ou rassemblée dans des bottes trop épaisses.

Une fois récoltées, nous essayons donc de mettre nos fleurs à sécher le plus rapidement possible, dans un espace sec, sombre et suffisamment aéré.

Nous avons consacré un article complet à notre façon de travailler : Séchage à l’air libre : nos conseils testés et approuvés au champ.

Pour certaines fleurs et graminées, nous utilisons également le soleil afin d’obtenir un blanchiment naturel. Vous pouvez découvrir cette méthode dans notre article : Blanchir nos fleurs séchées au soleil : un geste simple.

Nos conseils si vous souhaitez sécher vos propres fleurs

Si vous débutez, nous vous conseillons de ne pas attendre d’être certain à 100 % avant de faire un premier essai.

Vous pouvez récolter quelques tiges à différents stades, les faire sécher séparément et comparer les résultats.

Prenez quelques photos au moment de la récolte et notez la date. Cela permet de se souvenir précisément du stade choisi et d’améliorer sa méthode l’année suivante.

Nous vous conseillons également de :

  • surveiller les cultures régulièrement ;
  • ne pas attendre que toutes les fleurs d’une tige soient parfaites ;
  • récolter quelques tiges test avant de couper toute une parcelle ;
  • observer l’évolution pendant le séchage ;
  • accepter que certaines variétés demandent plusieurs essais.

Nous avons nous-mêmes appris de cette façon : en observant, en testant et parfois en nous trompant.

Ce que nous aurions aimé savoir au début

Le séchage n’efface pas les erreurs de récolte. Une fleur coupée au mauvais stade ne donnera pas le même résultat, même dans un très bon séchoir.

Articles à venir

Chaque fleur possède son propre stade de récolte.

Plutôt que de tout regrouper dans un seul article, nous avons choisi de consacrer progressivement un guide à chaque variété que nous cultivons.

Vous retrouverez prochainement sur le blog :

  • À quel stade récolter l’immortelle ?
  • À quel stade récolter le delphinium ?
  • À quel stade récolter la nigelle ?
  • À quel stade récolter le blé ?
  • À quel stade récolter l’avoine ?
  • À quel stade récolter le carthamus ?
  • À quel stade récolter la craspedia ?
  • À quel stade récolter le miscanthus ?

Nous y partagerons, comme dans cet article, notre expérience de producteurs, les erreurs que nous avons faites… et surtout les conseils que nous aurions aimé connaître lorsque nous avons commencé.

En conclusion

Toutes les fleurs ne se récoltent pas au même stade, et c’est probablement l’une des premières choses que nous avons réellement comprises en développant notre production de fleurs séchées.

Certaines doivent être coupées très tôt, d’autres doivent attendre davantage. Certaines continuent à s’ouvrir pendant le séchage, tandis que d’autres peuvent perdre toute leur qualité en seulement quelques jours.

Nos erreurs font partie de l’histoire de la ferme. Elles nous ont parfois coûté une récolte, mais elles nous ont surtout permis de mieux comprendre chaque variété.

Nous espérons que ces retours d’expérience vous aideront à éviter quelques erreurs et à obtenir de plus beaux résultats avec vos propres fleurs.